Le 8 Juin 2010 en conseil de Paris, Gilles Alayrac, élu PRG du 15ème, s’est exprimé contre la mise à disposition de locaux scolaires à l’école bretonne Diwan, qui s’agrandira en déménageant dans le XVème arrondissement à la rentrée prochaine.
Cette position, qui à certains égards peut paraître anachronique en plein débat sur l’éducation nationale et sur les rythmes scolaires, est au contraire particulièrement justifiée et doit nous amener à réfléchir plus largement à un des fondements de notre démocratie : l’école publique et laïque.
Celle-ci est apparue à la fin du XIXème siècle, consécutivement à plusieurs lois, notamment sous l’impulsion de Jules Ferry. Elle répondait à plusieurs impératifs : alphabétiser le plus grand nombre, limiter l’influence de la religion dans les programmes généraux et enseigner l’idéal républicain dans une république encore fragile. Une promesse sous entendait l’ensemble, celle d’une école régulant les inégalités sociales et facilitant l’ascension sociale des plus défavorisés. La méritocratie était née.
Un siècle plus tard, qu’en est-il de cet idéal qui a cimenté si longtemps les espoirs de nombreuses classes sociales et porté tant de personnes talentueuses aux plus hautes responsabilités dans les entreprises, la société civile et l’état ?
Dans une indifférence quasi générale, les écoles privées ne cessent de se développer à tous les niveaux, de la maternelle au secondaire. Les conditions de travail, principal facteur de leur attractivité, y sont souvent bien meilleures que dans le public. En effet, le nombre d’élèves par classe est limité, les meilleurs professeurs sont attirés par des rémunérations supérieures à celles du public et/ou des conditions de travail moins stressantes. Aussi, une gestion décentralisée et des budgets par élève plus élevés, permettent une offre d’équipements modernes et de qualité.
Il n’est pas normal que dans notre république la qualité de l’éducation devienne fonction du revenu des parents ou de leur origine sociale et géographique. Cela va à l’encontre du principe d’égalité sur lequel repose la République Française. L’état, garant de notre égalité, ne devrait il donc pas inverser la logique actuelle et réallouer une partie des ressources attribuées au privé, soit 7 milliards d’euros chaque année, à notre école publique et laïque qui en a tant besoin ?
Car abandonner l’éducation aux seuls intérêts privés c’est mettre en danger l’unité même de notre pays. Les écoles privées ne font qu’amplifier le sentiment d’inégalité sociale et la reproduction des élites. Elles peuvent aussi être sujettes à des dérives graves, telles celles dévoilées récemment à Bordeaux par l’émission « Les Infiltrés » dans l’école privée hors contrat Cours Saint-Projet. Dans les cas les plus extrêmes, des écoles privés et non laïques peuvent transmettre des savoirs contraires aux valeurs de la République ou aux savoirs scientifiques formellement démontrés, telle l’évolution naturelle des espèces, qui n’est pas reconnue par certaines religions.
Au niveau du secondaire, dans un contexte de compétition internationale, il semble tout aussi étrange de soutenir des écoles privées prestigieuses réservées à une minorité, alors que leur intégration dans les universités publiques améliorerait largement le classement et les moyens de ces dernières.
Au final, la question de l’école publique et laïque nous amène à nous interroger sur les valeurs que nous souhaitons transmettre aux générations futures et qui structureront notre démocratie de demain.
L. H.