Les quatre mousquetaires du centre
e centre n’est plus introuvable mais il est pluriel. Quatre mousquetaires le représentent. Le plus emblématique, François Bayrou, est aussi le plus faible. Ses 18,57 % au premier tour de l’élection présidentielle (soit 6,82 millions de voix), lui ont permis de marquer un essai qu’il n’a pas transformé. Son parti, le MoDem (Mouvement démocrate), n’a que quatre élus à l’Assemblée nationale.
François Sauvadet, député de la Côte-d’Or, est le chef de file du Nouveau Centre, qui regroupe les 21 élus qui ont lâché le candidat centriste pour rallier Nicolas Sarkozy, dont Hervé Morin et André Santini, ministres respectifs de la Défense et de la Fonction publique.
Les deux autres mousquetaires viennent de la famille radicale : Jean-Louis Borloo, numéro deux du gouvernement, co-préside avec André Rossinot le Parti radical valoisien, Jean-Michel Baylet dirige le Parti radical de gauche (PRG). Les deux héritiers de l’ancien Parti radical, le plus vieux parti français, fondé en 1901 et qui a donné 31 chefs de gouvernement à la République, sont des frères ennemis.
La scission a eu lieu en 1972 quand Jean-Jacques Servan-Schreiber a ancré les valoisiens à droite. Séduite par le programme commun de gouvernement entre socialistes et communistes, l’aile gauche, emmenée par Robert Fabre, fondait, en décembre 1973, le Mouvement des Radicaux de gauche (MRG), devenu PRG. Les frères séparés ont conservé le même Panthéon, de Gambetta à Mendès-France, mais ont suivi des chemins différents, l’un à droite, l’autre à gauche.
C’est pourtant une nouvelle donne qui va être au centre, le week-end prochain, des universités d’été des deux branches de la famille radicale, à Nancy pour les Valoisiens, à Ramatuelle pour le PRG. Au lendemain de l’élection présidentielle, Jean-Michel Baylet a prononcé l’acte de décès de l’union de la gauche et a tendu la main aux radicaux de l’autre rive, proposant un “dialogue” pouvant aboutir à une réunification du “vieux Parti radical”. Devant la tempête qui a secoué le landernau radical de gauche – le PRG était lié par un accord avec le PS pour les législatives –, il a fait marche arrière, avant de revenir à la charge.
Le PRG ne veut plus être “la petite aile droite de la gauche” et Jean-Louis Borloo rêve de “rassembler par-delà les clivages politiques traditionnels”. D’ici les municipales de mars 2008, il est peu probable que le paysage change. Les radicaux valoisiens, avec 16 députés, ont les deux pieds dans la majorité. Le PRG, dont les huit députés sont apparentés au groupe socialiste, joue la carte de l’alliance avec le PS pour les municipales. Les frères séparés brûlent de se retrouver. Mais les fiançailles risquent d’être longues.
Michel Noblecourt





