Petit à petit, le métro devient aussi nocturne

A partir de la mi-décembre, les usagers pourront, le vendredi soir, emprunter le métro parisien jusqu’à 2 h 15, au lieu de 1 h 15 actuellement. La RATP avait déjà, en décembre 2006, allongé d’une heure la durée du trafic le samedi soir et les veilles de fête. Des lignes supplémentaires de bus nocturnes avaient aussi été mises en place.La Ville de Paris espère ainsi répondre aux attentes des habitants et des visiteurs, de plus en plus nombreux à utiliser les transports en soirée et la nuit. Selon une étude publiée par la municipalité en 2006, “près d’un actif sur deux domicilié dans Paris travaille, au moins certains soirs, entre 20 heures et minuit, et plus d’un dixième entre minuit et 5 heures”. “Autrefois, la nuit, c’était seulement la fête et les boîtes de nuit. Aujourd’hui, on voit émerger une économie nocturne à laquelle beaucoup de salariés participent”, constate Jean-Bernard Bros, adjoint au tourisme. A terme, la municipalité souhaite que le métro fonctionne sans interruption, comme à New York ou, sur certaines lignes, à Berlin. La mesure est censée accompagner l’évolution des modes de vie. “Bientôt, les commerces ouvriront le dimanche, tandis que les piscines ou les bibliothèques accueilleront leur public tard dans la soirée”, précise M. Bros.Paris n’est pas la seule ville de France à adapter les horaires de ses transports au comportement des usagers. A Rennes, la construction d’une ligne de métro, en 2002, a profondément modifié l’utilisation des transports en commun. “Les bus étaient considérés comme un moyen de déplacement social, destiné aux personnes sans voiture, rappelle Noël Philippe, à Rennes Métropole, la collectivité responsable des transports. Or, nous constatons depuis l’ouverture du métro que la part des déplacements domicile-travail ou domicile-études a baissé, au profit des loisirs et des achats.”

STATU QUO À MARSEILLE

Dans la capitale bretonne, le traditionnel clivage quotidien entre heures creuses et heures de pointe n’est plus pertinent. La fréquentation a tendance à se répartir tout au long de la journée et à s’étendre en soirée. Les services techniques n’ont aucun mal à adapter la fréquence des rames de métro, un VAL sans conducteur, à cette nouvelle donne. “La souplesse du système permettrait même, en théorie, de changer la fréquence en cas d’événement imprévu en ville, comme une manifestation étudiante”, indique M. Philippe.

Toulouse a profité de la mise en service de sa deuxième ligne de métro, au début de l’été, pour réaménager l’ensemble des horaires. Le métro circule jusqu’à minuit du lundi au jeudi et jusqu’à 1 heure le week-end. Un réseau de bus de soirée dessert les lignes les plus fréquentées. Le schéma convient aux étudiants et aux jeunes actifs, de même qu’aux amateurs de bonnes bouteilles, au restaurant, qui, ayant délaissé leur véhicule, ne se les interdisent plus.

Seul le métro de Marseille continue à fermer ses portes à 21 heures en semaine, à la notable exception des soirs où l’OM se produit au Stade-Vélodrome. La Régie des transports estime que la circulation en soirée n’est pas rentable et les habitants ne s’aventurent de toute façon pas dans les couloirs du métro à une heure tardive. “Personne n’a envie de voyager seul dans un métro désert”, reconnaît Renaud Muselier, premier adjoint à la mairie de la cité phocéenne. L’élu espère que l’ouverture récente de la ligne de tramway, qui circule jusqu’à minuit et demi, finira par “apporter des clients au métro”.

Olivier Razemon

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