Un article diffusé sur marianne.fr au sujet de l’action du PRG au conseil de Paris
Accusée de favoriser le communautarisme, l’équipe Delanoë justifie ses choix par les pénuries d’équipement (crèches, salles de prières). Une politique appréciée par l’UMP qui y voit une application de la laïcité positive sarkozyienne.
A la mairie de Paris, les laïcs de gauche ne sont pas en odeur de sainteté. Lundi 29 septembre, la question des subventions accordées aux crèches juives orthodoxes (loubavitch) a divisé la majorité, réveillant une vieille opposition interne. Mais cette fois-ci, les radicaux de gauche, à la pointe de la critique, ont décidé d’y mettre les formes en émettant un voeu pour lancer la réflexion sur la création d’un « Observatoire de la laïcité à Paris ». Président du groupe socialiste, Jean-Pierre Caffet reste perplexe : « J’ai appris cette initiative en lisant Le Parisien : apparemment, il y aurait un problème de laïcité à Paris, s’étonne-t-il. Pour la première fois depuis sept ans, un voeu a été déposé pour faire le point sur ces subventions. En attendant, les subventions pour 2009 seront versées comme chaque année.»
Comme Nicolas Sarkozy
Petite victoire pour le PRG : un groupe de travail a été voté pour réfléchir à la mise en place de cet observatoire. Une concession qui ne rassure pas Gilles Alayrac, élu radical à la manoeuvre sur ce dossier : « Le maire a une conception de la laïcité qui consiste à faciliter l’exercice des cultes avec les deniers publics, s’inquiète-t-il. Avec les Verts et le PCF, nous avions demandé à limiter le dispositif d’accueil du Pape, nous nous sommes opposés à ce que le Dalaï Lama soit fait citoyen d’honneur… Mais c’est le maire qui s’occupe directement des affaires cultuelles et il ne veut pas que son action soit surveillée à ce niveau là, comme Nicolas Sarkozy. »
Sur la question des crèches, certains élus inquiets de la « laïcité positive » prônée par Bertrand Delanoë assurent que la plupart des conseillers de Paris de la majorité de gauche n’osent « pas bouger une oreille » pour ne pas vexer le maire. Et ce pour la plus grande satisfaction de l’UMP locale : « Ce sont des querelles idéologiques, lance un conseiller du nord de Paris. Nous sommes dans une situation de flux tendu au niveau des crèches, il faut être pragmatique et arrêter d’instrumentaliser telle ou telle subvention », juge-t-il avant de se féliciter que Delanoë se soit « sarkozysé » sur la question de la laïcité.
Instrumentalisation de la pénurie
L’argument du manque de places de crèche est dans toutes les bouches. « Introduire cette question dans le débat brouille complètement le message, tranche Jacques Bouteau, maire Vert du 2è arrondissement. On ne peut pas financer des crèches qui sont fermées à des enfants selon des critères religieux ou bien qui séparent les filles et les garçons : les deniers publics ne doivent aller qu’à des organismes respectueux des valeurs républicaines ! »
Contesté par les écologistes, les communistes et les radicaux, le maire du 18e arrondissement, Daniel Vaillant (proche de Delanoë) a ainsi récupéré 6 votes de l’UMP sur cet argument pour maintenir la subvention de la crèche du rabin orthodoxe Pezner. Situées dans des quartiers fortement communautarisés des arrondissements du nord-est de la capitale, les crèches loubavitch se maintiennent sans se soumettre aux commissions d’attribution des places de crèches et refusent systématiquement les enfants dont les parents n’appartiennent pas à cette branche du judaïsme : « Quand on appelle ces crèches pour savoir s’il y a des places, elles sont toujours pleines ! constate Dominique Calandra, maire du 20e, qui a obtenu l’unanimité de son conseil d’arrondissement pour suspendre les subventions à deux établissements loubavitch. Je comprends le souci du maire car on gère la pénurie mais il existe une convention qui implique que les enfants puissent être accueillis sans aucune distinction, ce qui n’est pas le cas. »
La Goutte d’Or : zone d’expérimentation du communautarisme municipal ?
Gênés aux entournures par cette question des subventions, les partisans du maire aiment à rappeler qu’elles datent pour la plupart de l’ère Chirac. « C’est une joyeuse hypocrisie », concède une élue soulignant que, sans aide de la mairie, ces établissements ne pourraient survivre et que la création et l’entretien de crèches publiques et laïques sous forme associative coûteraient à peine plus cher.
Première adjointe de Bertrand Delanoë, Anne Hidalgo nie en bloc toutes les accusations de communautarisme : « les enfants non loubavitch sont accueillis dans les crèches loubavitch, soutient-elle. Pour nous il s’agit d’un problème de droit : comment accueillir plus de 1000 petits Parisiens aujourd’hui ? Nous le résolvons dans la plus stricte application de la loi de 1905. » Et l’adjointe à l’urbanisme et à l’architecture d’exposer le « rapport de neutralité » qui régit les décisions municipales : « on nous a reproché de prêter un gymnase à des musulmans mais nous l’avons également fait pour des organisations juives. Et quand le Pape est venu et que les libres penseurs ont demandé un local, nous leur avons prêté le gymnase Japy. »
Un argument un peu spécieux : la mairie ne jouerait pas la carte du communautarisme car elle mettrait ses équipements à disposition de n’importe quel culte ? Dernier exemple en date, la question de la Maison des cultures d’Islam pose problème : situé dans le quartier populaire de la Goutte d’or, le bâtiment aurait vocation à accueillir des prieurs musulmans le vendredi. « Je préfère ça aux mosquées dans les caves », soutient Jean-Pierre Caffet. A deux pas du lieu pressenti pour construire cet édifice, la mairie a préempté le cinéma historique Le Louxor pour en faire… un cinéma des cultures d’Islam ! Dans un quartier sous-équipé, l’idée relève plus de la lubie bobo que du service public. « Nous n’avons pas encore d’horaires pour les femmes dans les piscines, ni de menu fait selon les exigences religieuses », tonne Anne Hidalgo. Une élue inquiète temporise : « c’est juste une question de temps. »
Vendredi 10 Octobre 2008 – 08:28
Sylvain Lapoix